La semaine dernière les réducteurs d’URL ou de liens ont fait partie pour l’actualité. D’une part, Bitly est utilisé par un malware pour propager un virus. D’autre part, Feedly, le lecteur de flux RSS, annonce sa décision d’arrêter l’utilisation de son réducteur d’URL pour les partages d’articles.

Pourtant, ces adresses courtes, nous les utilisons encore tous les jours parfois (surtout) sans s’en rendre compte.

Un peut d’histoire

Tout commence en 2002. Tinyurl n’est pas le premier réducteur de liens certes mais c’est un des plus connu. C’est donc par lui que beaucoup d’adeptes de l’époque ont été convertis.

Il permet alors de transformer une adresse longue, incompréhensible, difficile à retenir et pas très esthétique en une adresse simple et courte. On l’utilise surtout dans les forums ou les tchats. Son utilisation reste limitée aux geeks ou aux utilisateurs assidus de tchat ou de forums.

À l’époque, les messages publiés sur des forums sont encore difficile à mettre ne forme. Les éditeurs WYSIWYG (ce que tu écris est ce que tu obtiendras) existent déjà mais pas sur les forums.

Les utilisateurs collent dès lors leurs adresses de but en blanc dans un message. Et sur un forum, les adresses pointent souvent vers des pages bien spécifiques. Ces pages sont profondément enfouies dans le site et du coup longes.

Une adresse raccourcie n’est pas inutile dans ce cas de figure. Les chats et les forums deviennent plus lisibles de ce fait.

Puis, en 2006-2007, un site de micro blogging sort de l’ombre. Il permet de diffuser à tout le monde sa vie en 140 caractères. Alors, on ne voit pas encore bien à quoi ce nouveau média va bien servir. 140 caractères, cela ne laisse pas beaucoup de place pour du texte et encore moins pour des adresses de site web. Comment partager une information si l’adresse de l’article d’un blog ou d’un article fait plus de 140 caractères ?

Les réducteurs de liens fleurissent alors et permettent à Twitter de devenir ce qu’il est aujourd’hui. Un petit texte et un lien permettent de partager un article.

D’outil à caractéristique

Plus d’une centaine de réducteurs d’URL se bataillent à l’époque ce marché qui ne rapporte rien. Comment faire payer le fait de rediriger vers un autre site ? Bitly arrive à sortir du lot en mettant à disposition les statistiques d’utilisation aux créateurs de liens. Une offre premium existe même pour pallier aux limitations de l’offre gratuite et surtout générer des revenus. Bitly n’est pas une œuvre de bienfaisance.

D’un autre côté, Twitter a bien compris que son activité ne se limite pas aux comptes de ses utilisateurs. Le réseau social doit aussi fournir toute une série de caractéristiques (stockage de photos, réducteurs de liens, …) alors fournis par des sociétés tierces.

Twitter ouvre dès lors son réducteur d’url (t.co). Ça commence à sentir le sapin pour tous les autres. En dehors de Twitter, ou iriez-vous utiliser un lien raccourci ? Il ne reste pas beaucoup d’utilité.

De leur côté, les forums ont évolué et permettent maintenant de mettre en forme un lien. On y lâche plus violemment une adresse dans un message. On utilise une partie de son texte pour le lier à une adresse. C’est plus propre et ça parle mieux aux humains.

Malware et plus si affinité

La semaine dernière a réapparu un mal du réducteur de liens souvent oublié par ses utilisateurs : les liens spams et de propagation de virus.

S’il a beaucoup de qualités, le réducteur de liens a un gros défaut. On ne voit pas l’adresse finale. Cela peut être une adresse tout à fait valable et sûre. Malheureusement, cela peut tout aussi bien être l’adresse d’un virus stocké quelque part sur la toile.

Pour le coup, le virus de la semaine dernière était stocké sur Dropbox. La réaction de Google a été sans appel. Pendant quelques heures, tous les liens générés par Bitly sans exceptions ont été considérés comme dangereux par Google Chrome. Une grande page rouge s’affichait à la place de la cible du lien redirigé par Bitly et quel qu’il soit.

Bitly a fait le ménage, le blocage a été levé et tout est bien qui finit bien. Mais que vont penser les gens ayant rencontré cet avertissement ? Ils ne connaissent pas nécessairement les tenant et aboutissement de l’affaire. Ils n’ont peut-être aucune idée de ce qu’est Bitly car auparavant ils n’y prêtaient pas attention.

Aujourd’hui, ils vont regarder d’un autre œil ce genre de liens car associé à un gros avertissement rouge. Alors, peut-on encore les utiliser ? La question se pose.

Inutile pour Feedly

Deuxième coup du sort pour les réducteurs d’URL. Feedly, le lecteur de flux RSS le plus populaire depuis la fin de Google Reader, décide de ne plus utiliser le sien.

Depuis quelques années, Feedly utilisait des adresses du genre feedly.com/{code aléatoire}. Elles étaient générées automatiquement lorsqu’un utilisateur partageait un lien sur les réseaux sociaux (Google +,Facebook, Twitter, LinkedIn,…).

Leur principale raison pour mettre à mort cette fonctionnalité est la transparence pour les utilisateurs des réseaux sociaux et pour les moteurs de recherche. Car oui, les moteurs de recherche étaient eux aussi aveugles avec ces liens raccourcis.

La popularité d’une page web pour un moteur de recherche est en partie le résultat du nombre de liens qui pointent vers elle. Si certains de ces liens sont aveugles, elles perdent une partie de leur popularité potentielle. Cela signifie qu’elles ne seront pas mises en avant comme elles le devraient.

Au lieu d’être en 1ère page des résultats de recherches, elle se retrouvera en 2e, 3e ou même en 10eme page. Qui va voir la 10e ou même la 2e page de résultats d’une recherche ? Pas grand monde.

Pour finir, Feedly explique aussi qu’un seul réseau a réellement besoin de cette fonctionnalité. Twitter, c’est celui-là, offre désormais un réducteur d’URL. Il n’était donc plus nécessaire pour Feedly de continuer à maintenir un outil qui fait doublons avec celui de Twitter.

Et pour le futur ?

Sans être voyant on est peut-être à la fin d’une époque. Si cette fonctionnalité a une raison d’être pour Twitter , ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres sites. D’autre part, cela génère des coûts sans pour autant générer des revenus.

Dans une période où on explore et on essaye de trouver des débouchés a de nouvelles technologies, cela pouvait avoir du sens de développer ce genre d’outil.

Mais aujourd’hui, le principal intéressé (Twitter) a repris la fonctionnalité dans son application. L’intérêt est limité. Feedly est un des premiers à lâcher l’affaire mais je suis prêt à parier qu’il ne sera pas le dernier.